La Birmanie en 10 souvenirs marquants

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Pas facile de résumer un voyage en Birmanie, si court fût-il. Pas envie, non plus, de vous inonder d’articles. Alors on s’impose l’exercice suivant : sélectionner les quelques moments qui nous ont le plus marqués.

Yangon, le premier repas

Nous venons d’arriver et nous avons faim. Déjà, la traversée de la ville nous a mis en appétit : partout, des tables, des poêlées de bonnes choses, des assiettes qui se vident. Nous sortons donc dans la rue et déambulons au hasard. Et le hasard a été sympa et s’est présenté sous la forme d’un gros Birman aux cheveux blancs qui nous fait signe de la main et une place sur un banc. Tentons ! On observe les casseroles de la cuisinière, debout à l’opposé de la table. Tout ce que nous reconnaissons, c’est le riz et les pois chiches. Notre protecteur se charge de nous composer une assiette. Voilà du riz, du poulet, des légumes… Autour de nous, les convives mangent avec leur main droite, maîtrisant à la perfection la technique de la boule de riz. Mais la cuisinière fouille parmi son bric-à-brac et exhume, enfin, deux cuillères, qu’elle nous tend avec fierté. Le repas est délicieux. On sent que nos voisins se marrent un peu derrière leur plâtrée de riz. Et nous aussi, du coup.

Une prière à Shwedagon Pagoda

Oui : comme beaucoup de monde, nous prévoyons d’aller à la rencontre de la pagode Shwedagon, toute pimpante sous le soleil. Mais aucune photographie ne pouvait nous faire deviner l’ambiance de ce lieu. Nous arrivons au coucher du soleil, presque par hasard après un détour par la gare. On se glisse tranquillement dans le flot de fidèles, tournant nonchalamment autour de la gigantesque coupole. On se sent bien. Il y a tellement de place, de lumière. Là, un groupe de moines guide une prière, devant une foule de gens assis devant la pagode. Et la lune, discrète, s’est mise à briller pile au-dessus d’eux.

Les rails vers le sud

Pas possible d’aller à l’ouest ? Tant pis, allons vers le sud. Après quelques jours à Yangon, nous mettons le cap sur Mawlamyine, en train. Autant vous le dire d’avance : ce train a été l’un de nos préférés depuis le départ. Au sol, du parquet et quelques souris. Aux fenêtres, des vitres complètement baissées et un paysage fabuleux. Dans les couloirs, à chaque instant, un nouveau vendeur, un nouvel aliment inconnu. Et ça, pendant une dizaine d’heures, au rythme vibrant des rails vieux comme le monde. Et puis, à la tombée du jour, nous sommes arrivés à Malawmyine, ou plutôt dans une adaptation filmée du Livre de la Jungle. Trottant sur un pont longiligne, la rivière sous nos pieds, le train a survolé la verdure de la ville, dont seuls dépassaient quelques clochers et minarets.

Destination : rizières

Souvent, en Birmanie, nous avons eu la sensation d’être perdus mais d’arriver, finalement, là où nous devions aller sans le savoir. Comme ce jour-là, dans ce village de l’île de Bilu Kyun, au large de Mawlamyine. En partant de la route principale, on s’enfonce de plus en plus profondément le long des ruelles et des petits chemins. Pour déboucher, d’un coup, sur une infinité de rizières à l’horizon. Ce qui ne nous arrête pas. Comme des équilibristes, nous zigzaguons entre les champs inondés. Pas un bruit ne trouble le calme de ce moment particulier. Pas même une libellule. Au loin, nous voyons un paysan travailler. Je n’ose pas le déranger mais Manu me persuade de continuer à avancer. Le semeur sort nous saluer, nous tirons son portrait. Lui, nous, le collègue au loin, tout le monde est un peu hilare. Je prends une poignée de riz germé. C’est très joli. J’ai envie de la lancer dans l’eau mais je n’ose pas : c’est une science.

Du « chinlon » dans la cour de la banque

En Birmanie, on se rend vite compte qu’un rendez-vous est incontournable en fin d’après-midi : les parties de chinlon. Cinq ou six joueurs, cette fameuse balle en osier tressé, et c’est parti. On joue façon « ballon prisonnier » en se mettant en cercle et en jonglant de la manière la plus classe possible, soit façon « volley », autour d’un filet.
A Mawlamyine, Manu a été invité à se joindre à la partie dans la cour d’une banque. Il finira victorieux (merci le jeu de la tête) les pieds en sang, la chemise trempée, mais heureux comme un gosse. L’une de ces précieuses balles est, à l’heure où je vous parle, dans un bateau en direction de la France…

L’orage et le Titanic

Après un retour en bus de Malawmyine, on se chauffe pour enchaîner directement avec le bus de nuit pour Bagan. Quitte à avoir de toute manière une nuit pourrie, autant gagner du temps. Quand on se décide, on est déjà assis dans le taxi. A moins une, hop, on ressort, on prend nos sacs et on achète le ticket suivant. Deux heures à attendre avant le prochain départ et il se fait faim. On venait de pénétrer dans une échoppe quand soudain, l’orage éclate. De l’eau par seaux comme je n’en n’avais jamais vue. Nous mangeons notre énième assiette de « fried rice » en regardant, d’un oeil, le ciel se déchaîner et, de l’autre, Jack s’embarquer dans le Titanic. Aujourd’hui, le cinéma américain semble avoir remplacé le karaoké birman.

Crever parmi les temples

Bagan, c’était bien. C’était beau. Et même brûlant. Ignorant le thermomètre, on a pris des vieux vélos pour se lancer sur la piste des vieilles pierres. La liberté, aux prix des crampes au mollets. Et si la plupart des chemins sont très bien, certains sont piégés : très vite, on se retrouve à pédaler – littéralement – dans la semoule, avant de concéder la victoire au sable profond. Il faut pousser. Et naturellement, quand la tuile arrive, c’est toujours au pire moment : perdus dans la plaine centrale, nous essayons de rejoindre je ne sais plus quel temple quand Manu lâche « J’ai crevé » ! Et bim. Je vous passe les gros mots.
La bonne nouvelle étant que nous avons finalement trouvé le temple et qu’une vendeuse de boissons fraîches avait un véritable kit de survie du cycliste. Une belle rustine plus tard, nous voilà repartis !

La sieste au sommet de Pyathada Paya

On se la joue peut-être aventuriers, mais en réalité on dit jamais non à une bonne sieste. Après deux jours de cavalcade, c’est au sommet de notre temple préféré qu’on a succombé. Un peu d’ombre, un peu d’eau, la plaine de Bagan à nos pieds. Quoi d’autre?

Un foot à Pyin Oo Lwin

Un truc spécial s’est passé à Pyin Oo Lwin et on va sans doute faire un article plus précis sur cette ville. Mais quand même, un moment particulier mérite de figurer dans cette liste. Encore une fois perdus dans la ville, à la recherche de la gare, nous tombons sur un gigantesque terrain vague où une tonne de gamins courent dans tous les sens. Je vais pas faire le parallèle avec cette scène de l’Attrape-Coeurs de Salinger encore une fois, mais il y a un peu de ça. Manu se fait rapidement adopter dans le foot des « grands » et je m’installe tranquillement dans l’herbe pour lire un peu. Ce que je n’ai pas remarqué, c’est qu’un « gang » de petits s’approchait tout doucement de moi. Le moins timide d’entre eux, soudain, se précipite devant moi pour me crier son prénom et repart. Apprivoisés petit à petit, ils viennent s’installer et discuter. C’est adorable. Ils s’intéressent à mon appareil, je les photographie, et puis ils décident de le faire eux-mêmes. Avec beaucoup de précautions. Quand le soleil disparaît, tous se souviennent qu’il faut rentrer pour dîner. Ils s’éloignent en envoyant des bisous. C’était tellement bien que l’on est revenus le lendemain.

La cascade tant méritée (mais pas par tous)

A Pyin Oo Lwin, facile de trouver une petite moto pour sortir de la ville, dont on a envie de boire l’air frais à la louche. A moins de dix bornes de là, on laisse la moto sur un petit parking pour descendre vers une cascade conseillée par tous. On n’en sait pas plus. Le chemin est raide et rugueux, il faut trotter en douceur. Ce moment n’était pas le meilleur, mais il nous a marqués : chemin faisant, nous voyons, en contrebas, des gens portant ce qui nous semblait être une civière. Mais nous réalisons vite notre erreur : la civière était un hamac où deux touristes chinois (un par hamac, hein) sont confortablement installés pendant que des Birmans halètent en les portant dans la montée. Et si la première a un peu honte de ce qu’elle fait et cache son visage, le second assume totalement, casquette vissée de travers sur la tête et portable braillant de la pop. « It’s so heavy », glisse un des porteurs quand nous nous écartons pour les laisser passer. Quel dégoût. Quel irrespect.
Heureusement, la cascade au bout du chemin nous fait oublier notre colère. On décide de se baigner avec nos vêtements tellement l’eau est fraiche. Autour de nous, des habitants s’arrêtent pour faire la vaisselle dans un coin ou se brosser les dents. Tranquille. La plus grande difficulté ? Se convaincre qu’il faut remonter la pente et retourner en ville…

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10 réflexions au sujet de « La Birmanie en 10 souvenirs marquants »

  1. Ping : Vidéo : Birmanie, le dernier refrain… | Longs Courriers, le blog

  2. J’aime beaucoup le principe de ces souvenirs, instants volés de votre voyage. Ils transportent peut-être encore plus que les articles habituels. J’espère que vous en referez d’autres sur le même modèle. ;)

    • Merci chère luciole ! Sans vouloir dénigrer les autres pays – loin de là – la Birmanie nous a donné envie d’écrire un peu différemment. C’est sûr que ça se reproduira :) Mille bises, sous l’orage indonésien.

  3. Ping : Asie, le bilan final de Manu | Longs Courriers, le blog

  4. C’est super d’être aussi proche de la population, on s’imprègne vraiment de la culture et des coutumes du pays. En lisant votre récit j’ai été agréablement surpris par la gentillesse de la population, qui dans certains pays n’est vraiment pas la cas! En tout cas rajouter des petits moments particuliers comme ça rend votre récit plus vivant, c’est bien plus agréable :) Merci

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