Bali : la crémation collective, une cérémonie pleine de symboles

femmesauxoffrandesNotre dernière étape en Asie, c’est Bali, d’où nous décollons ce soir pour l’Australie. Nous avons loué une petite moto pour faire un tour de l’île, de Denpasar à Ubud. Mais au gré de quelques petits embêtements et de mauvaises nouvelles venues de France, nous avons laissé notre blog de côté. C’est pourquoi notre « production » sur cette jolie île sera ce récit d’une crémation collective dans l’un des villages d’Ubud, que nous avons suivie avec beaucoup de curiosité.

« Vous voulez venir à la crémation, demain matin? » C’est Salomé qui lance la question. Sans imaginer une seule seconde ce à quoi nous allions assister, on hoche la tête en souriant. On imagine une petite cérémonie funéraire hindoue, où nous retiendrons notre souffle, les yeux grand ouverts.
Le lendemain matin, nous enfourchons nos motos jusqu’aux abords du cimetière, où nous revêtons nos jolis sarongs. Il y a du monde. Beaucoup. Des touristes, des balinais, tous en couleurs, tous prêts à immortaliser sur une carte mémoire cet événement plutôt spécial puisque dans chaque village, les crémations collectives n’ont lieu que tous les cinq ans.

foule

Petite explication : les crémations collectives comme celle à laquelle nous avons assisté sont des moments très importants pour les communautés balinaises. Nous le comprenons au fil des discussions avec les habitants présents. Dans chaque village, les personnes décédées sont partiellement brulées puis enterrées, « pour un repos provisoire ». « Le riche mort il y a trois ans et le pauvre mort hier, tout le monde attend la même cérémonie », explique un homme. Exception faite des cérémonies pour les membres des familles royales, par exemple, ou vraiment riches. « Ainsi, tout le village se réunit pour cet événement, qui touche tout le monde. Et même ceux dont aucun proche n’est inhumé participe activement ».

jeunes

Ce jour-là, 41 personnes trouveront le repos éternel. Dont une jeune fille emportée par une leucémie, et l’épouse d’un grand peintre local. La cérémonie commence avec l’arrivée de grands chars, portés par une vingtaine d’hommes, où les dépouilles seront déposées plus tard. Sur ces grandes constructions, on reconnait souvent un animal, des portraits des personnes défuntes, et parfois même un petit orchestre. Le défilé s’arrête d’abord une première fois pour permettre aux Balinais de récupérer les offrandes qui seront également brûlées. Tout est très organisé : des hommes jouent du sifflet pour faire avancer tel groupe, puis l’autre… Sur chaque char, une liste numérotée indique le nom des personnes qui seront incinérées là.

porteur offrandes1 idole
Nous allons nous placer à l’orée du cimetière, d’où les dépouilles ont été déterrées. Au dessus de chaque trou dans le sol flotte un linge blanc. Partout, il y a des gens attendant avec des offrandes. Un premier char s’avance, il a une forme d’éléphant. Le dos de l’artisanal animal est ouvert : on déposera à l’intérieur dépouilles et offrandes. Alors, un premier groupe de gens chargés de plantes et de décorations s’avance à la queue leu-leu. Arrive ensuite le char contenant les dépouilles. Avant de les descendre, des oiseaux sont lancés dans le ciel sous les applaudissements de la foule.

descente

Le même rituel se répétera jusqu’à ce que tout soit mis en place. Alors, la crémation pourra commencer. Tout le monde s’installe peu à peu sur le sol, par groupe, pour attendre. Nous décidons de laisser les familles entre elles et nous prévoyons de  retrouver la foule plus tard dans l’après-midi, au pont sacré d’Ubud d’où les cendres seront dispersées dans l’eau. Mais malheureusement, la cérémonie aura tellement duré que nous n’aurons pas pu assister à ce moment particulier.

musicien

L’atmosphère, tout au long de cette journée, est assez difficile à décrire. Nous sommes loin des cérémonies tristes et éprouvantes que l’on connaît en Europe. Mais une certaine émotion est tout de même palpable, sans doute parce que toute la communauté à travaillé longtemps pour que ce moment soit parfait. Les gens sont heureux. Les touristes sont acceptés dans la fête, de toute manière tout le monde photographie tout le monde. Réellement, plus on est de fous…
« Tout, dans cette cérémonie, est symbolique », nous explique encore une fois l’homme rencontré dans la foule. Les démons, les offrandes, les rythmes. « Nous le faisons pour nos morts parce que nous voulons que nos enfants, à leur tour, le fassent pour nous ». Sans tristesse, l’hommage aux morts se fait avant tout ensemble, dans la collectivité, et pour la collectivité. Ce calme et cette générosité sont touchants. Paradoxalement, on ne sent rien de religieux. Notre ami l’aura par ailleurs un peu exprimé : « La religion doit nous aider à ne pas devenir des personnes religieuses, mais à vivre notre vie comme nous l’estimons juste ».

portrait

C’est notre meilleur souvenir de Bali. Il n’y aura rien à dire de plus, sinon que ce moment a clos notre découverte de lire par un grand soupir d’apaisement, parmi des gens passionnants. On part contents et pleins de forces pour affronter les routes australiennes !

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